Brigitte Bataille, Qué pasará ? Nos guerres civiles

Brigitte Bataille

Qué pasará ?

Nos guerres civiles

Éd. Edilarge, Ouest-France

Collection Écrits


D
ans la foulée d’une recherche amorcée voici vingt ans sur la notion de bruit dans la transmission (perturbation aléatoire), ce récit tente de l’articuler cette fois à celle de « tradition » chez Freud : comment ça passe, Qué pasarà ?

En cette année 1939, lorsque Freud écrivait son ultime texte L’homme Moîse et la religion monothéiste en présentant discrètement sa « tradition » bien particulière, faite de lacunes et de ruptures pour une transmission possible, se déroulait une histoire collective mal connue : celle de républicains espagnols et de leur formule « No pasaràn ! », pour lesquels la France créa, dès leur défaite, ses premiers camps dits de « concentration » (pas d’extermination), par décret.

Leur parcours abordé ici sous forme de fiction sert de point d’appui à une interrogation sur les effets de démenti qui entretiennent du discours officiel et sur différentes modalités de transmission (tout en évitant bien sûr la version psychologique générationnelle), et sur l’éthique, liée au conflit psychique (nos guerres civiles internes).

De sinistre mémoire ces mêmes camps furent utilisés par la suite comme transit pour les Juifs vers l’extermination nazie, et ce texte mènera aussi le lecteur vers d’autres encore, telle celle des disparus de la dictature argentine, ou même nos actualités d’aujourd’hui qui devraient pousser notre vigilance face aux effets totalitaires de tous étiquetages, critères, évaluations, ségrégations qui recèlent l’idéologie de camp, comme le disait déjà Lacan.

Alors avec dérision, humour parfois, ce texte interroge, sans pathos : comment ça passe, qu’est-ce que témoigner, est-ce que ça s’écrit, et qu’est-ce que le bruit ?
Commencé justement voici trois ans à l’heure où s’entretenaient les confusions derrière le terme « psy », ce récit chercha comment dire une spécificité, profane, de l’analyse, et la singularité, pour contrer l’effet de masse.

Il s’adresse alors autant à un public non averti, pour tenter de transmettre quelque chose de l’expérience par une expérience de lecture, en discontinu dans sa forme, par le bruit, et la dite « tradition » chère à Freud : formes autres qu’universitaires, de devoir de mémoire ou de forçage pédagogique…

Alors chronologiquement, des textes ici s’appellent et se répondent comme le font des signifiants entre eux : par bribes d’abord, des blancs, du bruit, des trous, de la scansion, du discontinu pour que des intervalles ouvrent à des signifiants propres au lecteur dans un processus, un peu comme celui d’une cure, et pour que, peut-être, ça passe ce singulier, que ce soit par l’art, la psychanalyse, ou bien autre chose…
« Les écrits s’envolent, seules les paroles restent », disait Lacan !
Est-ce que de l’écrit peut faire parole ? Comment ?

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