Colloque Lysimaque – Parménide et le Parménide de Lacan, Héraclite en contrepoint

Lysimaque
lysimaque@wanadoo.fr

Paris, les 7 et 8 avril 2018

Parménide et le Parménide de Lacan,
Héraclite en contrepoint

 

« Néanmoins, pour ceux qui désireraient s’exercer à quelques petits tours d’esprit destinés à leur assouplir les articulations, je ne saurais trop leur recommander, à toutes fins utiles, la lecture du Parménide. C’est quand même là que la question de l’un et de l’autre a été attaquée de la façon la plus vigoureuse et la plus suivie. »

J. Lacan, Le moi dans la théorie de Freud
et dans la technique de la psychanalyse,
séance du 25 mai 1955.

« C’est l’Autre comme tel, l’Autre radical, l’Autre en tant qu’autre, celui de la 8ème ou 9ème hypothèse du Parménide, qui est aussi bien le réel dans son caractère également le plus radical, le pôle réel de la relation subjective, et qui est aussi bien — nous y reviendrons à la fin — ce que Freud appelle … ce où il attache la relation à l’instinct de mort. »

Ibid., séance du 29 juin 1955.

Lacan aurait voulu tenir un séminaire sur Parménide. Dans son sens, nous aurions pu intituler ce colloque Lalangue de l’être ?, aussi pour paraphraser l’édition de Parménide que fit Barbara Cassin (Seuil, 1998). Mais l’intitulé des fragments, Sur la nature ou sur l’étant, aurait aussi convenu. Il permet de faire le lien avec Spinoza, Kant,… jusqu’à Heidegger ― pour ou contre (le cours de Heidegger sur Parménide date de 1942-1943).
Est-ce bien l’ontologie elle-même qui est le « sujet » de ce Poème ? Ou ne serait-ce pas lalangue, soit la signifiance organisée récursivement et que l’ontologie (Platon) discute. C’est là toute l’inversion du thumos en muthos (de Sextus à Simplicius).
« Polyphème, beau nom pour l’inconscient », comme choisit de le désigner Lacan qui lui-même réélabore la doxa en « opinion vraie », dans le lien du vraisemblable au vrai. Aussi est-ce bien à une rhétorique de l’inconscient qu’on a affaire ici et qui se présente comme devant être remise toujours en chantier : question de voie. L’épithumia participe des « passions de l’âme », sachant quoi qu’il en soit que « c’est de la pensée que ça décharge » (Lacan, « Télévision »). Et s’il n’y a de désir (quel qu’en soit l’objet) que fondé de concupiscence (dans l’angle d’abord freudien du sexe), quelle conséquence en tirer pour le désir de l’analyste, sachant qu’il est toujours seul dans sa relation à la cause psychanalytique ?

L’Un de différence reste lui-même effectivement distinct du tout « unien » traduisible en « ennui ». Au total, c’est de ne pas reculer devant son désir qu’il s’agit. Et cet adage n’a rien d’émoussé.
Récursivité ou ontologie, Benveniste ou Heidegger ― c’est à reprendre depuis Derrida (Marges de la philosophie, Éd. de Minuit). Le dualisme est-il ici asphérique ? Un verbe est-il toujours en intension, imprédicatif, ou ouvre-t-il extensionnellement à un « prédicat de réalité » ? Cela demande de discuter la fonction du signifiant dans la langue selon la psychanalyse (Lacan), différemment de son abord linguistique (Jakobson ― mais c’est à voir). Autrement dit le Saussure du Cours, mal saisi par ses élèves, peut-on penser, contre le Saussure de ses Écrits.
C’est de toute façon d’existence qu’il s’agit là. Reste à savoir ce que ce terme recèle de si variable d’un auteur à l’autre ― et chez chaque lecteur, qui implique toujours dans sa lecture une énonciation à sa façon. Où se joue le trait d’esprit (et la tierce personne sur le mode de Freud, comme le lien du rapport et du non-rapport chez Lacan), est-ce dans le passage de l’husteron proteron au proton pseudos ? Et le discours hystérique peut-il valoir comme fondement de tout discours effectivement tenu (soit les propos prononcés ou écrits) ? Où le sujet se distingue-t-il des prédicats et où se fonde-t-il sur eux et comment ?
À l’identité de l’étant cependant s’est opposé l’immonde radical que fut l’entreprise nazie de « solution finale ». Heureusement pour lui-même, Freud n’a pas eu à connaître cette anankê qui n’en fut pas vraiment une. Dirions-nous que c’est là affaire de choix topologique (anagkê, necesse, nexus, comme B. Cassin les met en série) ou faut-il reconsidérer en l’affaire le sens d’un tel choix ?
La nomination ici importe au plus haut point : « solution finale » ?, Shoah ?, « destruction des Juifs d’Europe » ?, de toute façon elle vise à l’innommé, et même à effacer les traces d’une seconde mort ― parallèlement ce héros de l’errance que fut Ulysse sut résister au risque de répondre au chant des Sirènes. En période de terrorisme, où sont les Sirènes du malheur et du bonheur ? Pour en organiser sa défense faut-il être comme les compagnons d’Ulysse : bouché, ou être pieds et poings liés comme lui ?
Sur le mode ordonné :
(poème → (alêtheia ontologique → doxa))
de l’organisation fonctionnelle :
(nomination → (fonction → objet)),
c’est à une Aufhebung qu’on a affaire (B. Cassin dixit). Est-ce au fond l’errance d’Ulysse ― l’épopée, s’il en est, de tout mortel ― qui fait l’opinion que la psychanalyse cherche à infléchir plutôt au profit (Lustgewinn) du sujet : ne pas renoncer à la satisfaction pulsionnelle indique le chemin.

Parménide sans le Parménide ?

Et la voie en est l’intrication dans lalangue de ces points nodaux que sont l’homophonie, la grammaire et la logique : qu’on ne puisse se départir de topologie pour spécifier les choix qui déterminent ces points en équivocités et indiscernabilités.

René Lew

*

« Que la pensée n’agisse dans le sens d’une science qu’à être supposée au penser, c’est-à-dire que l’être soit supposé penser, c’est ce qui fonde la tradition philosophique à partir de Parménide. Parménide avait tort et Héraclite raison. C’est bien ce qui se signe à ce que, au fragment 93, Héraclite énonce ― « il n’avoue ni ne cache, il signifie » remettant à sa place le discours du manche lui-même ― le prince, le manche, qui vaticine à Delphes. »

J. Lacan, Encore, le 8 mai 1973

Programme

Samedi matin (9h30)

― Thierry Beaujin : Les Chevauchantes

― Frédéric Nathan-Murat : Parménide : le Poème

― Pierre Pitigliano : La dissolution de Parménide dans Gorgias

Samedi après-midi (14h)

― Wolfgang Brumetz (Graz) : Fondements de l’ontologie classique (à partir de Väänänen)

― Robert Porod (Université de Graz) : Rapport philologique sur le vocabulaire de l’existence (en anglais)

― Jean-Charles Fébrinon-Piguet : Le ventre de l’araignée

― René Lew : Identification/identité, mouvement et stagnation

Dimanche matin (10h)

― …

― Frédéric Dahan : Quelques apories de l’un

― Karim Jbeili : L’effet du doute sur l’érection de l’Être

Dimanche après-midi (14h)

― Emmanuel Brassat : Parménide : l’être, l’un et l’autre

― Maryan Benmansour : Parménide, d’une hypothèse à l’autre

― Claude Eisenberg : Parménide enchaîné

― Simone Lamberlin : Langage-logos

Lieu, horaires, inscription

Lieu : salle Warhol, Les Espaces Rocroy, 13 rue de Rocroy, 75010 Paris.
Inscription : 80 € (entrée libre pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)
à l’ordre de l’Association de la lysimaque, 7 bd de Denain, 75010 Paris. lysimaque@wanadoo.fr ; 06 12 12 85 97.

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