Conférences AECF-Lille – La psychanalyse en dérision – La psychanalyse et ses critiques

AECF Lille (Association d’études de la chose freudienne et de la logique de l’inconscient)
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La psychanalyse en dérision
La psychanalyse et ses critiques
(Varia : Humour et psychanalyse)

Traiter de la psychanalyse – je rappelle que ce la est déjà un forçage ; quand diable entendra-t-on que ce la est barré tel celui de la femme ? faisant de la féminité l’horizon indépassable de la psychanalyse… – dans ses rapports à la critique peut s’envisager dans trois directions (au moins) :

  • la critique des psychanalystes entre eux. Un exemple parmi d’autre : les travaux de M. Zafiropoulos démontrant la pertinente critique de ce qu’on peut nommer avec lui la psychorthopédie du Père chez des psychanalystes (disons) conservateurs.
  • La psychanalyse entendue comme champ constitué, fini – ce qu’elle n’est pourtant pas, heureusement –, critiquée depuis l’extérieur. C’est par exemple le cas lorsque le grand Autre étatique la somme de s’expliquer sur son efficacité thérapeutique ou encore sur ses prétentions scientifiques.
  • La psychanalyse critiquant depuis l’intérieur de son champ l’extérieur. C’est par exemple le cas de psychanalystes qui prennent position au sujet du mariage pour tous, ou encore quand des psychanalystes qui disent parler au nom de la psychanalyse demandent la mise au silence d’un parti politique d’extrême-droite.

Je veux insister sur ce dernier exemple. Je fais référence ici à une pétition qui a circulé lors de l’élection présidentielle de mai-juin 2017 en France. Pétition qui est à l’initiative de l’École de la Cause (toujours) freudienne. Il est hors de question pour moi de signer une telle pétition dans de telles conditions, de tels présupposés ; ce geste aurait été rien de moins qu’une trahison vraie (que je distingue du semblant de trahison) de l’acte analytique. Je m’explique : d’abord, pour les illettrés je précise que je ne soutiens ni de près ni de loin les positions de Marine Le Pen en particulier et les thèses d’extrême-droite en général. Ensuite, qu’on me dise en quoi une pétition, visant une mise au silence d’une personne ou d’un groupe, relève de l’acte analytique. Que des citoyens, qui pratiquent par ailleurs des psychanalyses, le souhaitent et le fassent c’est une chose (déjà là il s’agirait de discuter ce que signifie un tel geste en démocratie) ; mais que cette pétition soit souhaitée et signée par des psychanalystes, depuis leurs positions d’analystes, voire au nom de la psychanalyse, alors là c’est intenable ! Il n’y a de psychanalyste que dans son praticable – j’appelle praticable le lieu où quelqu’un(e) vient se mettre en position d’analysant(e) du fait d’un certain rapport à sa parole et où il/elle rencontre un(e) autre (pourparler) qu’il/elle met en position d’analyste du fait du désir qui est le sien de se mettre en position de semblant d’objet a (ou d’abjet) – et il n’y a de psychanalyse que (ré)inventée/transformée par cette dyade analysante. Sorti de là, le psychanalyste (en intension) est un non-analyste (soit un psychanalyste en extension. Cf. J. Lacan, Discours à l’EFP du 6 décembre 1967) et la psychanalyse devient le discours analytique (soit un type de lien social).

Faut-il donc ne faire aucune confiance en la parole ? Je considère que l’Histoire me donne raison. Lors du débat d’entre-deux tours, Mme Le Pen s’est révélée telle qu’en elle-même dans sa prise de parole : bête et méchante. La suite depuis est connue…

Une autre pétition, tout aussi intenable, avait circulé il y a quelques années contre la présence de M. Onfray sur France Culture dans la foulée de la publication de ses trois livres contre Freud et la psychanalyse. Là encore, on m’expliquera en quoi une telle pétition, un tel geste, relève de l’acte analytique, peut se faire au nom de la psychanalyse… Sur ce point – ayant lu les trois ouvrages en question et m’étonnant (à moitié) de ce que le troisième sur le freudo-marxisme n’ait pas suscité l’émoi du premier – je me range à la position de J. Allouch : ça ne mérite rien qu’un sourire.

Revenons à la psychanalyse en ses critiques. Le philosophe M. Borch-Jacobsen – qui indique n’avoir jamais aimé Lacan ; parle-t-il de l’homme ? de l’analyste ? quelle importance cette question de l’amour ? – se croit bien inspiré quand il note que là où l’enseignement de Lacan s’est implanté la vague du DSM n’a pas emporté le freudisme ; sous-entendu : la tyrannie du Maître est telle que la science elle-même échoue. Il n’envisage pas au contraire que l’inflexion lacanienne de la psychanalyse freudienne soit d’une telle qualité (d’une telle radicalité) qu’elle est la seule à pouvoir résister à la folie scientiste du DSM.

Pourtant… Imaginez un instant que Freud et Lacan aient été contemporains et dites-moi sans sourciller qu’ils ne se seraient pas fâchés. S’ils avaient vécu en même temps, nous aurions aujourd’hui un chapitre supplémentaire à lire dans l’histoire des ruptures de Freud d’avec ses élèves. Pour le dire dans le ton de P.-H. Castel : le retour à Freud de Lacan, ça trompe qui ?! C’est dire en creux que l’un des enjeux majeurs de la psychanalyse face à ses critiques est celui de la création. C’est dire aussi que la discussion critique est pertinente quand elle tire ses raisons de l’expérience du divan elle-même. Par exemple, au sujet de M. Foucault – qu’il serait ahurissant de rejeter d’un revers de la main – Lacan a pu dire ceci : « La seule chose que je puisse lui reprocher, c’est de ne pas avoir traversé lui-même l’expérience analytique. » (Cf. J. Lacan, « Le phénomène lacanien », le 30 novembre 1974.) L’enjeu porte non pas sur la place ou la position de l’analyste, ni sur celles du critique, mais bien sur la position de l’analysant(e), ce qui n’a rien d’évident…

Comme l’an dernier, nous proposons cette année un thème principal (psychanalyses et critiques) et une variation (humour et psychanalyse). La transition est toute trouvée de la déraison à la dérision ; c’est qu’il en faut de l’humour pour supporter certaine chose… Une transition est même possible depuis le thème principal de l’année dernière (féminité et pouvoir) jusqu’à la varia de cette année grâce à cette indication de Lacan : le phallus, c’est le comble du comique…

Jean-Charles Cordonnier, juin 2017

Programme

7 octobre

  • Benoît Laurie : Quand Georges Politzer passe…
  • Jean-Charles Cordonnier : La psychanalyse est un champ de (Georges) Bataille

2 décembre

  • Dominique Guevenoux : La Macro’n Society (ou de la Cité gérée comme une Société anonyme)

Il semble se confirmer que les structures névrotiques de la personnalité cèdent sous la pression du « discours unique, d’une soft dictature », celle-là même affirmant par ordonnances le discours capitaliste. Cette cinquième voix, passée celle du Maître comme « logique » à tout discours, la « Loi du père » sera vécue comme surmoïque, voire tendra au Pire. Mais c’est lorsqu’on se croit débarrassé de la castration et du père symboliques que ce dernier ressurgit sous d’autres aspects, grimace fantomatique… Car s’il est démontré que de la castration symbolique, on puisse bien « n’en rien vouloir savoir », la facilité apparente de la perversion triomphante ne peut éconduire pour autant le Réel qui la précède en tout! Et si l’enfant gâté au sourire prédateur peut ignorer le père et « sa fonction pacifiante », si la mère peut ne plus se priver du fils, si l’inceste sociétal promu en modèle peut produire des cadres supérieurs « hors limite de la Loi symbolique», si le déni fait temporairement des heureux, s’il fait même confondre la droite de sa gauche, il ne peut logiquement que buter aussi et encore plus « rudement » sur le retour du refoulé, Réel qui ne manquera pas de faire retour hors langage, au Pire, c’est à dire probablement dans la rue ! En misant sur la logique de l’inconscient et sur le réel qui la fonde, le « troumatisme » que le déni objectera toujours,cette logique autre n’en sourdra pas moins sous les auspices faux de la Douce France. Pire que les « sans dents », le fils Caïn, maintenant parricide, se croirait bientôt capable d’en finir aussi avec la fratrie tout entière… C’est oublier que de faire entrer des « mesures de guerre au nom de l’antiterrorisme » dans le droit commun (derrière Jupiter Saturne et pourquoi pas Chronos… qui voudrait bien dévorer ses enfants), ce coup de force, c’est produire déjà plus qu’une infraction lourde à la « Real-Politik », c’est produire contre le « Réel » même une politique grimaçante du Pire ! Conclusion provisoire: -« Serait-ce une révolte »? – « Non Sire, c’est une révolution! » (celle malheureusement qui risque bien de n’être pas freudienne).

20 janvier

  • René Lew : Place de la coupure

17 Février

  • Kevin Vancauwenberghe : Socrate, Socrate… topologise-moi un mouton !
  • et Mylène Devaux

24 Mars

  • Frédéric Dahan : Sur « Sur Nietzsche »
    et Maryan Benmansour : Quand les philosophes français se paient la psychanalyse…

14 avril

  • Amîn Hadj-Mouri : En psychanalyse, on ne badine avec l’amour [ou Déraison, raison et discours analytique]

19 mai

  • Après-midi de travail collectif sur la Varia « Humour et psychanalyse » cf ici.

2 Juin

  • René Lew : Au-delà de la « crise » de la psychanalyse

Dates, horaires, lieu
Un samedi par mois,
de 14h30 à 16h30,
La maison des associations, 74 rue Royale, 59000 Lille.

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