Séminaire Griselda Bazan – Abdou Belkacem – Une lalangue en glaise ?

Griselda Bazan
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Abdou Belkacem
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Une lalangue en glaise ?

Le 4 novembre 1971, dans son séminaire Le savoir du psychanalyste (1971-1972), Lacan introduit un mot nouveau : lalangue, laquelle a affaire avec la répétition et l’inconscient structuré comme un langage.
Ce néologisme fut le produit d’un lapsus(1). Lapsus aussitôt tombé, comme tel, au profit d’une baliverne, d’un canular ?
Le 11 février 1975, dans son séminaire RSI (1974-1975), et pour la seule fois dans son oeuvre, Lacan déclare lalangue anglaise « inanalysable » :
« […] c’est lalangue anglaise qui fait obstacle »
« […] ce que cela comporte comme difficulté de me(2) traduire dans lalangue anglaise. »
Prive-t-il ainsi les sujets anglophones de leur accès à l’inconscient, dans leur langue maternelle ? Les privant, en même temps, de leur accès à la vérité ?
La psychanalyse, science(3) fondée par Freud, ouvre à la découverte de ce lieu topique où se produit un objet nouveau : l’inconscient et son savoir.
Ce savoir de l’inconscient ― savoir emmerdant (en merdant) ―, se dévoile (se traduit, dit Freud) au moyen de l’analyse de ses formations : le rêve, le mot d’esprit, le lapsus, le symptôme, etc.
L’inanalysable a un statut logique, en position antithétique avec ce que Lacan désigne comme « résistance de lalangue à l’inconscient »(4).
Donc, lalangue anglaise « inanalysable » ?
Cette assertion, pour le moins expéditive ― et sur laquelle Lacan ne reviendra jamais ―, contraste fortement avec le fait que Lacan s’est amplement servi de l’anglais dans son oeuvre : de la littérature, des psychiatres anglophones,… mais aussi des termes anglais (acting out, fading…), ou franglais (« oddité », « poignance »…) qu’il importe ou crée à partir de l’anglais.
Serait-ce, en immolant les sujets anglophones et lalangue anglaise sur l’autel d’un obstacle insurmontable pour accéder à l’analysable des formations de l’inconscient, que lui, Lacan, put se permettre de créer à partir des emprunts faits à l’anglais ? Par exemple, sans vérification du chemin parcouru par tel ou tel auteur dont il se sert ?
Seraient-ce ces emprunts, faits à l’anglais, qui viendraient exemplifier la célèbre formule : « s’en passer à condition de s’en servir », référée au père, dans son séminaire sur Joyce ?(5)
Mais, pourquoi résiste-t-il à lalangue anglaise ― qu’il lisait mais ne parlait pas ―, et dont il n’était par conséquent pas habité ?
En inversant et en disjoignant les syntagmes, ne se place-t-il pas, à son insu, dans un : s’en servir (lui, Lacan) à condition de s’en passer (les sujets anglophones) ?
Au-delà, et en poussant notre hypothèse : dans son enseignement, n’est-il pas cet analysant ― dont il s’est toujours revendiqué ― qui aurait la possibilité de « s’en passer à condition de s’en servir », portant lalangue anglaise à la stature d’une découverte : sa découverte à lui ?

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(1) « Fonction de la parole et du langage, le champ est constitué par ce que j’ai appelé l’autre jour avec un lapsus : lalangue (…) ». Le savoir du psychanalyste 1971-1972.
(2) C’est nous qui soulignons.
(3) Si l’on suit Althusser : « Le premier mot de Lacan est pour dire : dans son principe Freud a fondé une science. Une science nouvelle, qui est la science d’un objet nouveau : l’inconscient », Positions, 1964-1975. Éditions Sociales, 1976, pp. 15-16.
(4) RSI, 11 février 1975.
(5) Le sinthome, 1975-1976.

Lieux, horaires, inscriptions
Le séminaire débutera en octobre 2017.
Le lieu et les dates seront communiqués ultérieurement.

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