Colloque Lysimaque, déc. 2017, La part maudite ? De Bataille à Lacan

Lysimaque
lysimaque@wanadoo.fr

à Paris
Les 9 et 10 décembre 2017

La part maudite ?
De Bataille à Lacan

En 1947, sous le titre L’expérience intérieure, Georges Bataille vient donner le corps d’un livre à une pluralité d’expériences : « Entré dans des contrées insoupçonnées, je vis ce que jamais des yeux n’avaient vu. Rien de plus enivrant : le rire et la raison, l’horreur et la lumière devenus pénétrables…il n’était rien que je ne sache, qui ne soit accessible à ma fièvre. Comme une insensée merveilleuse, la mort ouvrait sans cesse ou fermait les portes du possible. […] L’analyse du rire m’avait ouvert un champ de coïncidences entre les données d’une connaissance émotionnelle commune et rigoureuse et celles de la connaissance discursive. Les contenus se perdant les uns dans les autres des diverses formes de dépense (rire, héroïsme, extase, sacrifice, poésie, érotisme ou autres) définissaient d’eux-mêmes une loi de communication réglant les jeux de l’isolement et de la perte des êtres. » Réitérant la question du « sentiment océanique », récusée par Freud, Bataille place cette expérience au centre d’une série d’espaces hétérogènes : le social, le pouvoir, l’art, la religion, la guerre. En ce sens, son effort de pensée et d’écriture porte à la fois sur l’intension et sur l’extension : saisir ce moment d’« expérience nue et libre d’attaches » et l’exhumer dans les différentes dimensions où il se dissémine.

En ce sens, Bataille ouvre un champ de perception nouveau sur les ruines que « la mort de Dieu » et la guerre mondiale ont laissé dans la culture. C’est de ce champ qu’hérite la refondation lacanienne de la psychanalyse.

Maryan Benmansour

Manifestement il est difficile d’ouvrir un propos concernant un colloque de psychanalyse sur Georges Bataille. J’ouvre donc les hostilités et vous adresse ce qui suit comme ma contribution. Charge aux intervenants de la compléter, la barrer, etc.
L’oeuvre inclassable de Bataille implique que son lecteur est contraint à une saisie partielle où la fraude en devient évidente. Ici, tel le voyageur de Zarathoustra, personne ne se glissera à sa suite. La souffrance-jouissance est produite par le silence comme effet d’appel de l’oeuvre, sa réponse, sa part maudite, son inutilité,… Lire Bataille dans une adresse à un colloque nie nécessairement l’horizon et l’existence de cette jouissance excédentaire. C’est donc à ce péril que chaque intervenant est convié, saisissant peut-être en ce péril comme objet « l’extension de l’existence qui m’est d’abord révélée en moi, l’objet me devient immanent » (Bataille, Sur Nietzsche).
Cependant, l’intrication de Bataille avec et entre Freud et Lacan ne cesse pas d’être évidente derechef. C’est dire que ça ne cesse pas de nous échapper. De ne pas s’écrire. « Entre » constitue ainsi un antre du réel, une adresse indirecte entre ces deux fondateurs du discours de la psychanalyse.

Bataille est le passeur effacé de Lacan. Sinon l’inverse.
En effet, Bataille nous ouvre à d’autres horizons pour avancer sur la radicalité du transfert côté analyste : son réel qui a pour nom communication, ragot, voire délation. La communication de Bataille veut des êtres placés à la limite du néant : le désir pour lui a le néant pour objet. La communication traverse l’extase, le rire, le mal et l’érotisme. Elle met à mal le sujet de l’analyse, au-delà même du supposé savoir. Quatre dimensions non explorées jusqu’à présent d’une clinique du réel côté analyste…?
Alors quoi : Bataille pourrait-il nous ouvrir à une autre écriture et une autre textualité de l’acte analytique ? Et cela nous ouvrirait-il à un autre temps : celui d’une sortie du savoir établi lacanien, c’est-à-dire de la docte ignorance ? Où l’on pourrait enfin se passer des pères ?
Car aujourd’hui et depuis toujours (c’est-à-dire depuis ce qui se transmet de la psychanalyse, soit encore son symptôme), le malaise fait que la psychanalyse – le religieux – le sacré – la laïcité – le nihilisme – la science – … – coulent le noeud où s’articule l’acte analytique avec le nom de Freud. L’introduction de Bataille comme troisième nom de fondation du discours de l’analyste nous permettrait-elle d’échapper au destin funeste d’exercer une pratique sans nom ? À cette question, il s’agit de répondre.

Frédéric Dahan

Programme
mis à jour le 27 nov 2017

Samedi 9 décembre

matin (9h30)

– Maryan Benmansour : « Le non-savoir dénude » : les champs de l’expérience, selon Bataille
– François Ardeven : Quand Bataille lisait Genet
– Jeanne Lafont : L’expérience intérieure

après-midi (14h)

–– Bea De Maeseneer : La jouissance à l’œuvre dans les écrits de Georges Bataille
– Emmanuel Brassat : Sacrifice, don et souveraineté chez G. Bataille
– Osvaldo Cariola : Bataille sublimé ?

Dimanche 10 décembre

matin (10h00)

– Marie-José Pahin : L’individuel, le collectif et le particulier
– Claude Eisenberg : Livrer Bataille
– Jean-Charles Cordonnier : Hors-de-Soi

après-midi (14h)

– Michel Elias : Entre Bataille et Kierkegaard : petites secousses du surmoi (sans lui envoyer des blasphèmes)
– René Lew : « Dieu est une p… ». Du Verbe divin à la blasphémie : place de l’abjet dans la théosophie et de la part maudite dans l’économie politique de l’inconscient
– Frédéric Dahan : Sur Sur Nietzsche

Dates, horaires, lieu
Le samedi 9 et le dimanche 10 décembre 2017, à 9h30 le matin et 14h l’après-midi,
salle Warhol, Les Espaces Rocroy, 13 rue de Rocroy, 75010 Paris.
Inscription : 80 € (entrée libre pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)
à l’ordre de l’Association de la lysimaque, 7 bd de Denain, 75010 Paris.

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