Paris, Colloque : La rencontre et le temps

Dimensions de la psychanalyse
dimpsy@wanadoo.fr

les 29 et 30 septembre 2018

La rencontre et le temps

Un colloque est une rencontre, en principe à plusieurs, experts, plus ou moins, ce qu’on est toujours, destiné à partager, à communiquer un savoir, une expérience, un dire si possible. Se glisse dans une rencontre sur la rencontre une récursivité vertueuse. En grec ancien on disait symposium et le symposium où Socrate défait ― disons-le ainsi comme on dit à la fois défaire un noeud et provoquer la défaite ― les conceptions sphériques de l’amour pour en suggérer la forme transférentielle comme Lacan le redécouvrit dans le séminaire sur le transfert. Une rencontre, c’est aussi bien une joute, un combat, un heurt (mais il y rentre aussi du bon heur, du kaïros stoïcien). On se rencontre pour se mesurer, dit-on. Aussi notre colloque parlera un peu de lui-même, de la rencontre qu’il veut être, en un temps où les rencontres sont devenues si rares, où de l’insulte semble prête à sourdre sitôt levées les censures que notre société s’impose encore. C’est le travail énigmatique des modérateurs masqués sur les sites de discussion, ou de convivialité. Le village mondial est rien moins que paisible. Les rencontres facilitées s’accompagnent comme exactement d’un raidissement des identités, sous le regard d’un capitalisme mondialisé qui encaisse les plus-values de ces échanges accélérées comme infiniment par les applications de rencontre qui se sont mises à pulluler. Reste aussi à déterminer si ces applications qui fixent un standard relèvent soit de la vieille fatalité d’un homme nécessairement technicien (c’est avec Babel par exemple que dans la bible se découvre cette naturalité de l’innaturalité) ?

La rencontre ne va pas sans le temps, sans le don du temps qu’elle est. Comme la caresse, dit Lévinas dans Le Temps et l’Autre, qui, de se dédoubler sans cesse, de s’inuser au même endroit où elle repasse, secrète le temps lui-même, la rencontre est lourde alors d’un temps qui adviendra, d’événements dans lesquels elle s’inscrit d’emblée. La rencontre est un événement de l’espèce particulière des événements qui en induisent d’autres. La bonne rencontre se sait-elle tout de suite ? Le coup de foudre dont on parlera est-il réminiscence ? Trace de l’increvable transcendantal ? La rencontre prise entre le marteau de la nécessité dont elle se donne l’allure et l’enclume de la sérendipité. On y rencontre son désir, soit toujours l’écart avec la volonté. On y rencontre toujours autre chose. La rencontre est aussi la rencontre de la rencontre, récursivité sans doute mais aussi élan, effet immédiat, patent, élan à la façon bergsonienne ?

Les premières rencontres sont un topos des littératures et filmographies mondiales. Et le premier regard (ou la première parole) est-il chargé d’une forme d’intuition qui pose en amont immédiat ce qui se prend pour toujours ayant dû être. La fatalité s’ouvre souvent dans cette impression d’un temps qui enfin s’ouvre pour soi.

Prendre donc le temps d’un colloque sur la rencontre, c’est un peu le perdre, sans le gagner de l’autre main qu’on peut tendre le cas échéant. La rencontre, en cela toujours une castration, une diminution des possibles, est toujours un risque à prendre, et qui vous prend.

François Ardeven

Programme

Samedi matin (9h00), salle 22
9h30 : Présentation générale
10h00 : Maryan Benmansour : « Il pleut », Althusser et le matéria-lisme de la rencontre
10h45 : Emmanuel Brassat : La rencontre, conjonction destinale de hasard et de désir sur le seuil d’un idéal
11h30 Marité de Vos : Vertige de l’amour

Samedi après-midi (13h30), salle 22
13h30 : François Ardeven : Moi et toi
14h15 : René Lew : « … rien à voir avec la rencontre »
15h00 : Thierry Beaujin : Destinées au hasard…
15h45 : Stéphane Dugowson : Les frontières : le retour

Dimanche matin (9h00), salle 11
9h00 : Petite synthèse intermédiaire
9h15 : Claude Eisenberg : Double rencontre
10h00 : Marie-Laure Caussanel : Conceptions sphériques et asphériques de la rencontre
10h45 : Robert Forest : De quelques mauvaises rencontres
11h30 : Valérie Boneu : Y a quelqu’un ?

Dimanche après-midi (14h), salle 11
13h30 : Claude Birman : Le hasard des rencontres ou la providence de la libre nécessité
14h15 : Pierre Smet : Rencontre, radicalité et guerre
15h00 : Jeanne Lafont : Qu’est-ce qu’une mauvaise rencontre ?
15h45 : Jean-Jacques Moscovitz : Amis, passeurs, voisins

Lieu, horaires, inscription
Institut protestant de Théologie, 83 bd Arago, 75014 Paris,
salle 22, le samedi 29 septembre, à partir de 9h30,
et salle 11, le dimanche 30 septembre, à partir de 9h30.
Inscription : 80 € pour les non-membres (entrée libre pour les étudiants et les demandeurs d’emploi) à l’ordre de :
Dimensions de la psychanalyse, 10 avenue Charles-Floquet, 75007 Paris.

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