Paris, Séminaire René Lew

René Lew
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L’engagement de la psychanalyse (XXVIII)
Poétique du signifiant, poétique du sujet,
poétique des organisations

« Il me semble que ce qui est en jeu dans une institution, ce sont des messages poétiques, c’est-à-dire une sorte de critique du phonologisme et la mise en place de messages qui tiennent compte, disons, de la syntaxe, autrement dit de la notion de message syntactique. Ce qui pose, comme problème, [celui] des relations entre le plan sémantique et le plan syntactique. Est-ce qu’il y a là un vrai problème, ou une série de faux problèmes ? En particulier, avec toutes les notions actuelles d’opérateurs qu’on met en jeu entre le plan sémantique et le plan syntactique ?
Autrement dit, le remaniement syntactique ― c’est une image ― des structures d’un groupe change le message et donne un certain sens à ce que l’on fait dans une institution. »
Jean Oury au séminaire de J. Lacan, La logique du fantasme, 1er février 1967 (version M. Roussan, p. 126).

L’objet de la psychanalyse et celui de la poétique

L’objet de la psychanalyse est-il (1) spécifiable comme tel ? Ou est-il
(2) uniquement fonctionnel ? L’option (2) a été la mienne jusqu’à aujourd’hui Mais ne serait-ce pas affaire d’indécidable (◊) entre fonction et objet, entre fonction subjectalisée (et de là fictionnelle, sinon fictive ― en tout cas, récursive) et objet ― autrement dit un fantasme établi sur de l’indécidable ? Et cet indécidable vaut-il en lui-même (i. e. à prendre pour ontologiques certaines notions qu’il relie : dans le réel comme dans l’effectivité tangible, laquelle s’avère être imaginaire) ou est-il le surnageant, l’émergent plutôt, qui transparaît d’un certain mode d’écrire ― dont la poétique implique bien plus qu’une pensée propositionnelle, bien plus : est-ce à dire un objet ? Ou ne s’agit-il que d’intension ?
Quoi qu’il en soit, l’objet de la psychanalyse se confond avec sa fonction (c’est le schématisme borro-projectif) : c’est un objet de transaction permettant l’assimilation de la récursivité signifiante depuis un point de vue contradictoire avec celle-ci et qui est ontologique. Ce faisant, cette ontologie étant construite, c’est l’échappement de la récursivité, lors de cette construction ― une récursivité passant dans le corps (soit lalangue comme pulsionnelle) et échappant elle-même dans cette opération ―, c’est cet échappement qui est déterminant de ce qui se présente comme objet de la psychanalyse, un objet avec lequel la psychanalyse est intimement en accointance du fait de la division constitutive de celui-ci. La poétique souligne, met en exergue, assure… une telle division en ce qu’elle vaut aussi pour le sujet et pour le signifiant.
L’objet de la psychanalyse est donc ce qui de lalangue échappe dans le langage, au travers de cette langue-là et dans ce discours-là. Ce faisant il est aussi ce qui échappe ― de cette manière constructive ―, sur un mode préconscient, dans la construction préconsciente des supports, constitués de logique classique, de la conscience (propositions, relations patentes,…).
Si la théorie logico-topologique et « algébrisée » de la psychanalyse (soit son mode théorique lacanien) n’a pas suffi à assurer la pérennité de celle-ci ― c’est qu’il y manquait ce qui, en rapport avec lalangue, est là une théorie de la poétique en psychanalyse.
C’est dans cette optique que je débuterai ce séminaire.
Et je le poursuivrai de la façon suivante.

La poétique comme templet du discours

La poétique assure la structure formatée (à l’occasion) et surtout formatante des discours comme liens sociaux. Sachant qu’il n’y a de poétique que du sujet, donc du signifiant et de là des organisations. Le rythme en est la base, impliquant le sens de l’échange. Prenant appui sur le travail d’Henri Meschonnic je confronterai son propos à ce que la pratique analytique nécessite de rythme ― que ce soit dans l’autisme ou à d’autres occasions cliniques. De toute façon le rythme baigne lalangue ― déjà dans la lallation.
Nous avons donc là une autre théorie templétique que celle fournie par la topologie. Pourtant c’est bien à repartir de cette dernière qu’on peut impliquer toute templétique comme poétique.

Poétique du signifiant, poétique du sujet, poétique des organisations

Le templet associe signifiants, sujets et organisations fondées de l’objet, de sa multiplicité comme plus-de-jouir à son unicité comme plus-value devenue unitaire dans le groupe.
Parler de ces différentes poétiques n’est possible qu’à la mesure de l’identité topologique des béances qui les déterminent ― cela demande de préciser à chaque fois quelle béance y est poétiquement en jeu. C’est ainsi que templet et poétique s’associent dans le contournement des opposés qu’ils traînent avec eux, afin que leur indiscernabilité soit effectivement plus un effet de syntaxe que de figuration.
La voix n’est pas la parole, mais celle-ci l’implique ― par exemple à lire à haute voix des textes poétiques.
Comme le Witz fait passer du réel de l’impossible rapport à l’objet à son équivalent symbolique langagier en terme de rapport nécessaire à l’Autre (comme tiers gêneur), déstructurant poétiquement la langue, la poétique reprend à son compte l’impossible de l’objet pour le rendre équivalent à sa propre inventivité.
Un choix de syntaxe est toujours nécessaire pour en déterminer un réel ― qu’il convient secondairement de démettre de sa fixité en le passant de nouveau à la moulinette du langage.

Dates, horaire, lieu
Chaque lundi du mois hors vacances scolaires, d’octobre à mai,
à partir du 1er octobre 2017, à 21h précises,
7 bd de Denain, 75010 Paris,
code 30B12, interphone, esc. B, 1er étage à gauche. Entrée libre.

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