Paris, Atelier

Maryan Benmansour, Emmanuel Brassat,
Jean-Claude Fauvin, Frédéric Nathan-Murat,
Pierre Pitigliano, Emmanuel Rosier & Co

Les Négativités

La question des négativités, tel qu’elle se pose dans notre atelier, est une hypothèse de cohérence. Autrement dit, tout discours, mais aussi tout acte, ne valent que par le sort qu’ils réservent au vide. C’est que le vide est au fond de la structure du langage. Toute prise subjective dans cette structure — philosophie, poésie, science, religion, art, politique, psychanalyse — est calée, explicitement ou non, sur un certain statut du négatif à partir duquel elle s’organise positivement. Ce calage sur le schématisme du vide est en tout cas ce qui opère comme hypothèse de cohérence, hypothèse qui est celle du lecteur calé sur le vide du texte, et dans le texte.
Déjà Gorgias dissolvait la philosophie naissante dans le Poème de Parménide, en démontrant la nullité des arguments ontologiques de l’éléate, en visant chirurgicalement les principes logiques mis en œuvre par Parménide pour constituer l’ontologie du Poème. Or, ces principes logiques sont ceux-là mêmes qui fondent tout discours philosophique, théologique, politique et scientifique à travers l’histoire : principe d’identité, principe de non-contradiction, principe du tiers exclu. Gorgias démontre magistralement qu’ils ne sont « rien » : rien comme « substance », mais ne valent que comme rapport (chez lui, social) dans l’acte de parole.
À son tour, Freud énoncera que l’inconscient fait fi de ces mêmes principes, ouvrant (ré- ?) la question de la signifiance et ce contre l’esprit de son temps (logico-positivisme), et encore plus du nôtre qui n’en a pas fini d’instituer un scientisme universel et violent, exclusif des logiques hétérogènes, des dissolutions, des exils.
Je prends le terme de « cohérence » non innocemment, car les « consistancy arguments » sont au principe de la subversion du schématisme de la physique classique par les modèles standards actuels relativistes et quantiques. Ceux-ci se sont en effet construits sur la base de l’éviction progressive du matérialisme ontologique de la science classique, au profit d’une épure de plus en plus radicale uniquement fondée sur l’organisation symbolique du schématisme mathématique. Ainsi, le boson de Higgs, « n’existe pas », n’est « rien » comme dirait un Steven Weinberg avec Gorgias : ce Higgs n’est pas un objet, ni une « particule », c’est une fonction algébrique cohérente avec le formalisme quantique relativiste.

Pierre Pitigliano, mars 2019

Lieu, dates, horaire
10 rue Saint-Antoine, 75004 Paris,
le 3ème jeudi du mois à 21h00, entrée libre.
Contact : Pierre Pitigliano — 0661554115
Frédéric Nathan-Murat — 0148872940.

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