Paris, Atelier

Maryan Benmansour, Emmanuel Brassat,
Jean-Claude Fauvin, Frédéric Nathan-Murat,
Pierre Pitigliano, Emmanuel Rosier & Co

Les négativités

« Le sujet introduit le rien comme tel. »
J. Lacan, le 28 mars 1962.

Un dispositif
« Les négativités » est un atelier : c’est-à-dire une manufacture, le lieu d’une production ouvrière, à la sueur du front. Ce n’est donc pas un lieu de glose académique. Son dispositif est l’accueil, à chaque séance, d’un travail original que quelqu’un vient exposer, aux autres, sur cette scène collective qui vise d’abord à l’échange. L’idée est que la dialectique puisse opérer dans cette rencontre, favorisant les ouvertures, évitant aussi — tant que faire se peut — autant l’académisme que le subjectivisme. C’est pourquoi il s’agit de travailler par le concept, et de se laisser travailler par le concept, dans la dialectique de ce dispositif à deux places (l’exposant et les discutants). Le concept (qui peut aussi bien être un travail artistique, un poème, une notion ou un champ philosophique…) occupe donc une place tierce dans cette dialectique à trois. Articuler l’effort singulier et le collectif, articuler le rapport au savoir et la tabula rasa (savoir au sens général : comme connaissance, savoir
faire artistique ou technique, etc.), voilà ce que nous attendons de cet espace. En quelque sorte, notre dispositif, par cet effort d’évidement, voudrait — gageure ? — être l’expression de son objet : le vide.

Un objet
Les questions de négativités (vide, néant, rien, neutre, etc.) sont fondamentales dans de nombreux champs : philosophie, psychanalyse, mathématiques, arts et lettres, mystiques, etc. C’est probablement que le vide a une fonction essentielle, propre au langage dans sa plus grande généralité. Comme le dit Lacan, le rien comme tel, le sujet l’introduit. Ajoutons la réciproque : le rien introduit le sujet comme tel.

«  Il n’y a pas moyen d’articuler ces premiers pas du sujet, sinon par un rien qu’il est important de vous faire sentir dans cette dimension même, à la fois métaphorique et métonymique du premier jeu signifiant, parce que chaque fois que nous avons affaire avec ce rapport du sujet au rien, nous autres analystes, nous glissons régulièrement entre deux pentes : la pente commune qui tend vers un rien de destruction […]. L’autre, c’est une néantisation qui s’assimilerait à la négativité hégélienne. »
« Le rien, que j’essaie de faire tenir à ce moment initial pour vous dans l’institution du sujet est autre chose. Le sujet introduit le rien comme tel, et ce rien est à distinguer d’aucun être de raison qui est celui de la négativité classique […] qui n’est pas non plus l’ens privativum, qui est à proprement parler ce que Kant — admirablement, dans la définition de ses quatre « rien » — appelle le « nihil negativum », à savoir, pour employer ses propres termes : « leerer Gegenstand ohne Begriff », un objet vide, mais ajoutons, sans concept, sans saisie possible avec la main. »

J. Lacan, L’identification, 28 mars 1962 (éd. Roussan, p.163).

Le séminaire sur l’identification est une mine à ciel ouvert pour le thème des négativités et des vides opérant aux fondements de la psychanalyse. La structure de l’objet « petit » a, sa topologie torique, la structure du désir et de la demande, les rapports complexes du 1 avec le 0, sont dépliés méticuleusement au fil des séances.
À cette élaboration de la structure du trou comme tel sont convoqués Kant, Heidegger, Descartes, mais aussi la logique (logification de l’objet a) et la topologie des surfaces, en passant par la théologie négative. En bref, nous avons là les ingrédients d’un travail de recherche très largement ouvert devant nous.

Que cet argument ne soit pas un programme, mais simplement une invitation.

Pierre Pitigliano
juin 2020

Lieu, dates, horaire
dans le cabinet de Frédéric Nathan-Murat,
10 rue Saint-Antoine, 75004 Paris, entrée libre,
le 3ème jeudi du mois à 21h00, d’octobre 2020 à juin 2021.
Contact : Pierre Pitigliano — 06 61 55 41 15,
Frédéric Nathan-Murat — 01 48 87 29 40.

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