Paris, Séminaire

Abdou Belkacem
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Dimensions

Qui jette l’opprobre sur l’analyste qui jacte sur le confinement, le lavage des mains et les masques ? Sûrement pas Lacan qui déjà en 1972 l’acte par écrit dans « L’étourdit ». Il nous parle de la promesse non pas d’un confinement, mais du sexuel en tant que le singulier du « confin ». Le confin ici s’énonce de logique, et à le mettre au compte de l’autre quanteur, il en devient « la puissance logique du pastout s’habiter du recès de la jouissance que la féminité dérobe, même à ce qu’elle vienne à se conjoindre à ce qui fait thomme… » (note 1) S’en fondent alors un discours et des coupures du discours que Lacan donne en substance avec la topologie. Sauf que ce discours recèle aussi un piège, un glissement, celui de se dérober de sa responsabilité de le produire ce discours. Au nom de « standards de vie ». Lacan dénonce ici les analystes qui s’en lavent les mains.

« L’inconscient est un fait en tant qu’il se supporte du discours même qui l’établit, et, si seulement des analystes sont capables d’en rejeter le fardeau, c’est d’éloigner d’eux même la promesse de rejet… Qu’on le sente du lavage des mains dont ils éloignent d’eux le dit transfert, à refuser le surprenant de l’accès qu’il offre sur l’amour. » (note 2)

Il va plus loin en posant une question laissée ouverte quant au « sens analytique ». Après avoir habillé Kant d’un masque, celui du bourgeois ne pouvant imaginer que la transcendance, quel sens donné au discours analytique que de le qualifier univoquement d’une imbécillité semblable ? Lacan renverse la chose, y a-t-il un sens de l’imbécillité ? (note 3) C’est du pas à lire de ses écrits que je m’autorise cette lecture un brin décalée. Autrement dit, le dire n’en est omis que de ne pas vouloir jouer d’on à kun-Yomi (読む)*. Car ce point de dé-part est là où j’en suis arrivé, pour l’instant, de jaspiner sur le japonais. De ne pas prendre un point pour un point, d’autant qu’il est vide, de ne pas prendre le point à la lettre. Selon le plongement dans l’espace d’où je me situe (に於いて)**, un point peut masquer une ligne qui peut se courber en faisant des angles, des torsions ou des vagues… et possiblement se rejoindre bout à bout. Selon son trajet, la ligne formera un triangle, un cercle, un huit ou d’autres nœuds. Freud a proposé de figurer aussi la parole par une surface. Avec son usage de la topologie, Lacan en dégagera la fiction de la surface qu’est la coupure. Ces passages ténus de la ligne à la surface seront abordés au fil de ce séminaire sur les dimensions de l’inconscient donc de la psychanalyse. René Lew dit que les divers modes discursifs de la parole (demande, plainte, interprétation…) font lien entre la ligne et la surface. « Car la structure de tierce personne persiste en chacun de ces modes de la parole. Il s’agit d’accepter d’être tiers entre l’exploitant et l’exploité, entre (la lettre) caractère et (la lettre comme) relation signifiante. Ce tiers est littoral et spécifie les divers modes de l’Enstellung. » (note 4) Lacan a utilisé, entre autres, la langue japonaise pour figurer le littoral de la lettre. Sauf qu’il s’est trompé sur les modes discursifs et d’écritures supposés dans cette langue et d’où se soutiennent sûrement ses intuitions sur la lettre. Il n’en reste pas moins qu’il pointe avec le modal et le choix de syntaxe du sujet « une détermination politique par la lettre » (note 5). Déjà en 1926, Nishida Kitarô, philosophe japonais, a lui aussi essayé d’en dire sur les liens de la ligne à la surface dans son essai 場所 « Bashô », Le lieu. (note 6) Ses contemporains ne l’ont pas compris, réduisant son travail à de l’erreur. La controverse politique qu’il aura suscitée le fait tribut de ne pas s’en être lavé les mains.

Abdou Belkacem,
juin 2020

1 J.Lacan, « L’étourdit », Autres Écrits, Seuil, p.466
2 Ibid., p. 478.
3 Ibid., p.480.
4 R. Lew, « Politique de la lettre » (5), 2020.
5 Ibid.
6 Nishida Kitarô, De ce qui agit à ce qui voit, Presses université de Montréal, 2015.
* 読む, Yomu, en japonais signifie lire.
** に於いて, ni oïtte, en japonais signifie dans, depuis où l’on se situe.

Dates, horaire, lieu
Le mardi à 20h30, rythme mensuel à partir d’octobre 2020,
8 rue Saint Merri, 75004 Paris.
Inscription possible par mail ou téléphone.

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