Paris, Séminaire

Maryan Benmansour
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Au-delà des lieux communs

« Der Ort ist das Wort » (1)
Angelus Silesius

La question des lieux communs, chez Blanchot, réitère.
Au moins depuis l’article « Comment la littérature est-elle possible ? » dans lequel il entreprend de lire La Terreur dans les lettres de Jean Paulhan.
La Terreur ? Selon Paulhan, la Littérature même, comme effort pour surmonter les lieux communs.
Or de cet effort découle un partage entre les écrivains : les classiques qui épurent la langue pour communiquer la pensée au plus juste et les romantiques qui l’intensifient pour renouveler l’expression. Cette tension autour des lieux communs dessine une opposition insurmontable dans la littérature :
« […] — illusion des uns qui luttent contre les lieux communs et le langage par les moyens mêmes qui engendrent ; illusion des autres le langage et les lieux communs ; illusion des autres qui, en renonçant aux conventions littéraires, ou comme on dit, à la littérature, la font renaître, sous une forme (métaphysique, religion, etc.) qui n’est pas la sienne.»(2)
L’impasse n’est ici qu’apparente, Blanchot décelant dans l’opération de Paulhan une révolution « qu’on peut dire copernicienne »(3) : « Il s’agit de révéler à l’écrivain qu’il ne donne naissance à l’art que par une lutte vaine et aveugle contre lui, que l’œuvre qu’il croit avoir arrachée au langage commun et vulgaire existe grâce à la vulgarisation du langage vierge, par une surcharge d’impureté et d’avilissement. »(4)
On ne sort pas des lieux communs, donc.
On doit et les refuser et s’y soumettre. Ou plutôt il ne faut ni les refuser, ni s’y soumettre.
Impasse certes mais une impasse qui permet à l’écrivain « de voir plus clairement l’étendue de son pouvoir et les moyens de son règne »(5).
En cette impasse, Blanchot, pourtant laisse entrevoir une issue : « il y a de vrais lieux communs »(6).
Comment comprendre ce « vrai » sans retomber dans l’impasse ?
Et d’ailleurs peut-on seulement s’en dégager ?
Pour situer une réponse, notre travail portera cette année dans deux directions :
— d’une part, en revenant sur la notion même de lieu commun et sa place dans l’entreprise rhétorique ;
— d’autre part, en s’arrêtant sur certaines démarches d’écriture et de parole qui visent, sur le modèle de la théologie négative, à dépasser les lieux communs, à tenter d’en sortir…

1 Angelus Silesius, L’errant chérubinique, trad. R. Munier, Arfuyen, 2014, p. 54.
2 « Comment la littérature est-elle possible », in Faux-Pas, Éditions Gallimard, Paris, 1943-1971, p. 99.
3 Ibid.
4 Ibid.
5 Ibid.
6 Ibid., p. 101.

 

Dates, horaire, lieu
Une séance par mois de 21h à 23h, le mercredi, dans le cadre de l’Institut des Hautes Études en Psychanalyse,
à partir du mois d’octobre 2020 au 18, rue des Tanneries, 13e arrondissement de Paris (Métro 6, Glacière ou Corvisart). Les dates précises seront annoncées ultérieurement.

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