Posts Tagged: Frédéric Dahan

Paris, Colloque

Lysimaque
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Blanchot pas au-delà de Lacan ?

les 16 et 17 mai 2020

En septembre 1956, Maurice Blanchot fait paraître dans la Nouvelle Nouvelle Revue Française un article intitulé « Freud », dans lequel il procède à une double lecture : Freud y est lu depuis le Lacan du Discours de Rome, en des termes surprenants d’intelligence et de lucidité, par lesquels il explique au public cultivé de son temps ce qu’il en est de la psychanalyse. Constatant « le scandale provoqué par Jacques Lacan  dans certains milieux de la psychanalyse en identifiant — identité de différence — la recherche, le savoir, la technique psychanalytiques à des rapports essentiels de langage »1, Blanchot l’inscrit dans le droit fil de la découverte freudienne : l’invention d’une « forme surprenante de dialogue, où peut-être — peut-être — viendrait au jour quelque chose qui nous éclaire sur nous-mêmes de par l’autre quand nous parlons »2.
Ce « dialogue » singulier entre l’analysant et l’analyste est décrit comme « absence de rapport qui devient, en cela même, le rapport le plus obscur, le plus ouvert et le plus fermé »3.
Au-delà du détail, ce texte complexe produit un premier effet, essentiel : faire venir la langue de Lacan dans une langue commune, par une opération d’écriture. Blanchot entreprend de lire/écrire Lacan comme il a lu/écrit les écrivains, les poètes et les philosophes auxquels il a accordé son attention et qui ont marqué son trajet.
Cet article, associé à d’autres, sera repris dans L’entretien infini en 1969 sous l’intitulé « La parole analytique ». Or ce qui apparaît dès les premières pages de l’ouvrage, c’est que l’entretien, « cette forme surprenante de dialogue », s’avère être la forme même du livre à l’impossible clôture, impossible parce que relevant de l’interruption : « … Et non pas la pause légitime, celle permettant le tour à tour des conversations, la pause bienveillante, intelligente, ou encore la belle attente par laquelle deux interlocuteurs, d’une rive à l’autre, mesurent leur droit à communiquer. Non, pas cela, et pas davantage le silence austère, la parole tacite des choses visibles, la retenue des invisibles. Ce qu’il avait voulu était tout autre, une interruption froide, la rupture du cercle. Et aussitôt cela était arrivé : le cœur cessant de battre, l’éternelle pulsion parlante s’arrêtant »4.
L’entretien — l’interruption qu’il opère et qu’il ne cesse d’opérer — est un modèle général de lecture et d’écriture chez Blanchot, ce qui ne va pas sans une recherche constante d’espaces, une topologie, que l’ensemble de ses textes (littéraires, critiques, théoriques) semble attester. C’est une telle recherche, une démarche d’arpenteur inlassable, qui l’a conduit à explorer bien d’autres noms et bien d’autres œuvres.
Le temps est venu, nous semble-t-il, de marquer le pas et de nous questionner sur ce qu’il en est de l’intrication de ces deux trajets et de ces deux noms, Blanchot et Lacan. Leurs points de rencontre, leurs différences, leurs greffes réciproques. Des points de passages ? Des impasses ?
Le temps est venu également de se demander comment s’entretenir avec Blanchot, depuis la psychanalyse : avons-nous en
effet assez mesuré l’effet de l’œuvre de Maurice Blanchot sur le discours psychanalytique, ou plutôt avons-nous mesuré l’effet de « l’absence d’œuvre »5 de cette œuvre ? Elle est utilisée en effet, citée, évoquée, invoquée, mais en définitive assez peu discutée. Comme si la référence et le passage allaient de soi, comme si l’on n’avait pas à rendre compte de son usage parce qu’elle ferait autorité sans qu’on ait besoin de la lire.
Le temps est venu de penser ces pas au-delà et de confronter nos lectures/écritures de Blanchot.

Maryan Benmansour

1 L’entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 348.
2 Ibid.
3 Ibid.
4 Ibid., p. XXVI.
5 Ibid., p.617 i.

Il y a la question du nom propre que porte dans la solitude de l’acte d’écriture Maurice Blanchot. Paradoxe de celui qui a œuvré continuellement dans l’effacement de l’auteur. Les titres de ses livres se transforment dans le nom Maurice Blanchot.
Maurice Blanchot, un nom propre élevé à l’immanence de l’acte d’écriture comme praxis de sa théorie. Un nom propre dont les lettres trouent continûment la lecture du propre.
Nul ne peut donc se dire blanchotien, malgré l’existence rigoureuse de noms (ni propres, ni communs, ni concepts), laquelle insiste sous le nom propre de Maurice Blanchot et sa syntaxe : le Neutre, le mourir, le fragmentaire, le négatif, le désastre,… Cette existence tient à « l’écriture-Blanchot » qui ne cesse pas de questionner, en les nouant, la littérature et la psychanalyse.
Blanchot nous donne à lire une autre impossibilité de se dire freudien. Car pour être à la hauteur de l’acte (analytique ou-et écriture), l’analyste a à soutenir la désappropriation de son nom propre où l’analysant l’a pris en fonction. Jusqu’à l’épure des lettres qui composent — en le décomposant — le nom propre qui antécède. Syntaxe du désir ? Dés-appropriation qu’inaugurent, dans la solitude de l’acte du désir de l’analyste, le nom de Sigmund Freud et ses écrits qui antécèdent. Mais y a-t-il un nom propre de la psychanalyse ?
Pour lire Maurice Blanchot, il faut être écrivant et pousser l’impossible écriture jusqu’à l’acte où elle se fragmente. Il y a là un étrange parallélisme avec le devenir-infini-analyste. À ces impossibles lectures (vers quoi tout échange échoue) nous vous invitons de donner suite et d’échanger encore.
Un envol où nous serions suspendus de dés-astres de l’écriture pas lus… ?

Frédéric Dahan

Modalités d’interventions du colloque

Pour chacune des quatre demi-journées du 16 et 17 mai 2020, nous proposons deux à trois intervenants et un discutant. Le discutant répond d’une façon conséquente à l’intervenant après l’exposé de celui-ci. Ainsi chaque demi-journée sera constituée de quatre à six exposés — deux ou trois par les intervenants et deux à trois par le discutant.
Ce qui suppose, au moins un mois à l’avance, un envoi de l’intervenant adressé au discutant de la problématique ou de l’entièreté de son exposé. À cette fin, nous enverrons à chaque intervenant l’adresse mail de son discutant.
Cette réponse étayée du discutant sera donc le préliminaire d’un échange avec la salle.

Intervenants
(par ordre alphabétique)

― Maryan Benmansour
― Jean-Charles Cordonnier : Amicalité et scissiparité (ou : il n’y a pas de communauté psychanalytique)
― Frédéric Dahan
― John Dewitt : Écriture anonymatique
― René Lew : Le tournant de la philia
― Andrah Noblecour
― Sarah Schulmann : Écrits politiques ?
― Ivan Segré
― Pierre Smet : À propos de l’expérience. Réel. Existence. Humain.
― Florence Sztergbaum : Interruption. Coupure

Discutants

― Maryan Benmansour
― Emmanuel Brassat
― Frédéric Dahan
― Frédéric Nathan-Murat

Le programme définitif sera communiqué ultérieurement.

Lieu, horaires, inscription
Le samedi 16 mai à l’AEPP, 4 rue Titon, 75011 Paris, et le dimanche 17 mai 2020, à l’IPT, 83 bd Arago, 75014 Paris,
à 9h30 le matin et 14h l’après-midi.
Inscription : 80 € (entrée libre pour les étudiants et les demandeurs d’emploi)
à l’ordre de l’Association de la lysimaque, 7 bd de Denain, 75010 Paris,
tél : 01 45 48 87 04.

Lacan avec Spinoza

Vient de paraître

Lacan avec Spinoza

Actes du colloque de la Lysimaque des 21 et 22 mai 2016

Maryan Benmansour, Geneviève Brykman, René Lew, Emmanuel Brassat, Stéphane Dugowson, Jeanne Lafont, François Ardeven, Frédéric Dahan, Victor Azoulay, Ivan Segré, Pierre Pitigliano, Thierry Beaujin

© Lysimaque, 2019.
ISSN 2609-0880.
ISBN 978-2-906419-26-1
689 pp. 30 €.
Participation aux frais de port 5 €.

Avons-nous bien mesuré l’effet de l’excommunication de Spinoza ? Avons-nous bien saisi celui de l’excommunication de Lacan avec Spinoza ? Et dans quelle mesure nous fait-elle accéder à un autre plan de lecture ?
C’est là un des points sur lesquels Lacan nous invite à réfléchir depuis la séance inaugurale du séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, le 15 janvier 1964 :

« […] non seulement par les échos qu’il évoque, mais par la structure qu’il implique, ce fait introduit quelque chose qui est au principe de notre interrogation concernant la praxis psychanalytique. »

Pour toute commande, veuillez vous adresser à la Lysimaque
lysimaque@wanadoo.fr