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2018-2019 :
– Samedis de la lysimaque
 Séminaire R. Lew : Poétique du signifiant, poétique du sujet, poétique des organisations
 Séminaire du vendredi avec O. Cariola et M. Saint-Paul : Les trois points-nœud : logique, grammaire, homophonie et leur nouage
 Séminaire organisé par Bernard Hubert et Paul Scalzo : Nom propre et nomination ; l’énonciation, la parole
 Diverses conférences

2017-2018 :
– Samedis de la lysimaque
 Séminaire R. Lew : L’indiscernable, l’indécidable. Lecture récursive de Freud et Lacan
 Séminaire du vendredi avec O. Cariola et M. Saint-Paul : Signifiance et organicité
 Séminaire organisé par Bernard Hubert et Paul Scalzo : Les noms de Dieu : le Dieure
 Diverses conférences

2016-2017 :
– Samedis de la lysimaque
 Séminaire R. Lew : Existence ou ex-sistence ?
 Séminaire de sémiologie avec J.-L. Martin : Psychoses dites aiguës, névroses et perversions
 Séminaire du vendredi avec O. Cariola et M. Saint-Paul : Épistémologie de la psychanalyse-Le manque en biologie
 Séminaire organisé par Bernard Hubert et Paul Scalzo : Nomination
 Diverses conférences

Paris, Séminaire

Dimensions de la psychanalyse
René Lew
06 12 12 85 97

Préparation du colloque de 2020,
en trois dimanches de 11h à 13h

Turbulences, tourbillons et chaos

Théorie du chaos et organisation topologique du signifiant (*)

1

Ce séminaire prépare le colloque d’octobre 2020 de Dimensions de la psychanalyse.
L’idée de base est que le flux de la signifiance S1 (qui dérive) trouve un gabarit (ou templet) qui y donne accès au travers des liens de dérivation qu’il entretient avec les signifiants proprement dits S2 dans leur rapport aux signifiés que sont les significations, les sens et la position subjective à leur égard. Cette triplicité dépasse le dualisme métonymie (où l’objet, à suivre Frege, est support de signification)/métaphore (où le sujet est inducteur de sens). Or ce schématisme ― tel que l’objet, variable, et le sujet, démultipliable, servent d’attracteurs et de comptes rendus à cet ensemble signifiant ― implique diverses conséquences qui intéressent la psychanalyse au titre d’effets comme de causes :
(1) ce sont les turbulences (voir J. Lacan, Écrits, p. 847, note 1, à propos du théorème de Stokes) ;
(2) les oscillations aléatoires (pulsatilité intension/extensions, récursivité/ontologie ou imprédicativité/prédicativité,…) et leur devenir symptomatique ;
(3) les complexes (soit le complexe d’Œdipe, le complexe de castration, le complexe de représentations, les complexes familiaux,…)…
La structure des bifurcations dont la contingence des choix suit la nécessité de ceux-ci, celle de l’effet papillon qui contredit toute prédictibilité, « l’ordre déguisé en désordre… », tout cela suit le mouvement signifiant sur lequel la psychanalyse fonde son action. Je cite James Gleick : la dynamique des fluides spécifie une non-linéarité, telle que « le fait de jouer modifie les règles du jeu ». Cela « équivaut à se déplacer dans un labyrinthe dont la disposition des murs changerait chaque fois que l’on fait un pas ». Le flot de données (soit l’ontologie !) peut être incohérent, il recèle néanmoins une structure qui nous importe pour discuter d’un abord possible de la signifiance qui n’en finit pas d’échapper dans ce qu’elle induit. Affaire d’attracteur étrange (impliquant l’objet a comme manque et le sujet barré) et d’entropie.
Voilà sur quoi chacun est amené à réfléchir ― en allant au-delà.

2

Entre autres abords de la question titre, on insistera sur la théorie des nœuds adaptés au chaos en ce qu’il est un mode d’organisation du signifiant comme la psychanalyse en développe diverses fonctions imprédicatives. Un tel nœud est en particulier le nœud trèfle, comme nodation répétitive de la signifiance S1 ; ce nœud délimite en effet différents modes freudiens du signifiant binaire S2 (représentance en termes de représentation VR, signe faisant perception WZ et trace impliquant le souvenir ES) sous le déterminisme de ce qui les traduit (pour les soutenir réversivement) en objet a métonymique et en sujet S/ métaphorique. Ces derniers servent ainsi d’attracteurs à l’organisation des trois modes précités du signifiant.
Pour souligner cette transposition du signifiant en ses deux incidences du discours, il nous appartient de passer de la courbe nodale à sa qualité fractale et, grâce à celle-ci, à la variation des indications conceptuelles dans leurs espaces d’inscription.
Les questions que la nodologie soulève en psychanalyse concernent pareillement les invariants et les variantes des cures, des passes, etc.
Dans cette optique, une interversion existe entre les fils de la nodation et les espaces qu’ils délimitent, selon que les attracteurs — de ce fait disons-les étranges — oscillent des fils qu’ils articulent aux espaces qu’ils occupent et inversement ; les signifiants dépendent de cette oscillation en s’intriquant entre eux, de S1 aux S2 et inversement. On retrouve là le schéma d’organisation de la signifiance :
À nous de construire plus avant les concepts dialectiques permettant ces passages. Celui de gabarit joue ici un rôle non négligeable et double, (1) comme patron des oscillations dans leur propre passage aux surfaces ; ces dernières sont donc aussi plus précisément le lieu d’inscription des oscillations elles-mêmes en présentant chacune un feuilletage des concepts qui s’y condensent ; (2) mais ces surfaces sont aussi des coupes transversales (des arrêts sur image) dans la continuité vibratoire de ces oscillations ; comme les fils figurent cette continuité, ces surfaces sont des coupes tomographiques dans le flux de la signifiance, en valant comme un lieu d’inscription alternatif au gabarit ; elles sont alors prises comme un compte rendu d’ensemble allant des surfaces aux fils. C’est cette équivoque du modèle, allant du patron au compte rendu et vice versa, que j’appelle « templet » (template). Elle rend compte de l’équivocité d’ensemble du discours (homophonie, logique, grammaire, pareillement inscrites dans les espaces du nœud trèfle). Qui plus est la dualité entre les modes du S2 et les attracteurs a et S/ (dualité valant asphéricité des surfaces d’empan du nœud trèfle) inscrit pareillement en leurs espaces fibrés la raison stratifiée de la signifiance. Intuitivement, c’est à figurer en treillis, comme y invite Lacan.

Je suggérerai que la pratique analytique suit ce mouvement oscillatoire (qu’on l’évoque en termes de transfert, ou de psychanalyse vraie ou fausse (Lacan), ou de processus primaires et secondaires, etc.). Gageons que c’est toute la dualité de la théorie freudienne, comme inhérente à la pratique, qui peut s’exprimer ainsi en cette topologie du chaos.

R. L.

(*) Trois références :
— Roberto Harari, La pulsion est turbulente comme le langage. Essais de psychanalyse chaotique, trad. fse L’Harmattan, 2005.
— Jacques Lacan :
— « tourbillon d’asphère », Autres écrits, p. 483,
— théorème de Stokes, Écrits, p. 847, note.

Programme

— le 17 novembre 2019
Osvaldo Cariola : Entropie, néguentropie, anti-entropie, à partir de Longo
René Lew : Pratique psychanalytique du chaos signifiant

— le 12 janvier 2020
Marc Saint-Paul : Stabilité absolue, structurelle, chaos
François Ardeven

— le 15 mars 2020
Stéphane Dugowson : Structure et indéterminisme

Dates, horaires, lieu
les dimanches de 11h à 13h,
à l’IPT, 83 bd Arago, 75014 Paris, salle 1. Entrée libre.

Paris, Séminaire

Osvaldo Cariola
Marc Saint-Paul
René Lew
06 12 12 85 97

L’engagement de la psychanalyse (XXXII)

Chaos, catastrophes et complexités

 

« […] Je vous ferai remarquer également que tout ce que nous venons de toucher et qui aboutit au mot champ, c’est le mot que j’ai employé quand j’ai dit Fonction et champ de la parole et du langage, le champ est constitué par ce que j’ai appelé l’autre jour avec un lapsus lalangue. Ce champ considéré ainsi en y faisant clé de l’incompréhension comme telle, c’est précisément cela qui nous permet d’en exclure toute psychologie. Les champs dont il s’agit sont constitués de réel […].
La vérité en question dans la psychanalyse, c’est ce qui au moyen du langage, j’entends par la fonction de la parole, approche, mais dans un abord qui n’est nullement de connaissance, mais, je dirai, de quelque chose comme d’induction, au sens que ce terme a dans la constitution d’un champ, d’induction de quelque chose qui est tout à fait réel, encore que nous n’en puissions parler que comme de signifiant. »

J. Lacan, Le savoir du psychanalysteséance du 2 décembre 1971.

« Lalangue a le même parasitisme que la jouissance phallique par rapport à toutes les autres jouissances. Et c’est elle qui détermine comme parasitaire dans le réel ce qu’il en est du savoir inconscient. Il faut concevoir lalangue. Et pourquoi pas, pourquoi pas parler de ce que lalangue serait en rapport avec la jouissance phallique comme les branches à l’arbre. […] Et alors, disons que lalangue, n’importe quel élément de lalangue, c’est, au regard de la jouissance phallique, un brin de jouissance. Et c’est en ça que ça étend ses racines si loin dans le corps. »

J. Lacan, Les non-dupes errent, séance du 11 juin 1974.

Le champ, l’induction — dans un contexte où Lacan venait d’évoquer les champs magnétiques —, et par la suite la figure de l’arborescence, soit la structuration branchée, catastrophe (au sens de René Thom) généralisée, et même fractalisée : les métaphores utilisées par Lacan pour parler, dans un langage encore et nécessairement préconceptuel, de Lalangue (ou lalangue) résument aussi bien du séminaire de cette année qui se propose d’interroger en quoi, comment, les théories, dynamiques, des champs et leurs outils spécifiques, conceptuels et mathématiques, peuvent concerner la psychanalyse. Nous nous intéresserons en particulier au chaos et aux attracteurs étranges, aux catastrophes et à la morphogénèse, aux fractales et aux systèmes dissipatifs.

La dynamique qualitative thomienne, ou théorie des catastrophes, s’appuie simultanément sur trois registres top(olog)ique, dynamique et économique, qui ne sont pas sans parenté avec ceux de la métapsychologie freudienne. Les régulations énergético-dynamiques s’y associent aux structurations topologiques pour rendre compte des genèses et transformations de formes, équivocités, transitions et ruptures. Cette approche explique naturellement les phénomènes d’homophonie, elle se couple à la grammaire casuelle et à la sémantique narrative, et ouvre à des logiques qualitatives. Ses apports spécifiques pour une lecture dynamique de la modalité, donc ses contributions aux logiques modales, seront notamment à étudier dans la perspective freudienne qui attribue aux tensions modales — au premier rang desquelles le conflit entre désir et interdit — le rôle moteur de la dynamique psychique.

La dynamique symbolique, qui n’est pas sans liens — à préciser — avec la dynamique thomienne, s’intéresse pour sa part à l’ordre qui préside au chaos, ou y réside, en particulier dans les attracteurs qualifiés d’étranges, si fréquents dans la nature : ici encore le champ s’organise selon des jeux d’attracteurs et de répulseurs, et les trajectoires ou coupures qui parcourent et révèlent ce champ témoignent d’impossibles effets de la structure, syntaxique, du template (gabarit ou templet) sur lequel elles se (re)portent. En particulier le lien de cette approche avec la théorie des tresses invite à une lecture renouvelée de la dernière partie de l’enseignement de Lacan s’appuyant sur les nœuds et les chaînes. Ces templets, dont certains ne supportent que des familles limitées de nœuds/chaînes (par exemple de chiralités fixées), alors que d’autres sont universels, nous dotent de passerelles entre les approches nodales, les considérations dynamiques, et les théories des graphes (et donc les approches syntaxiques et logiques). Ils proposent de nouvelles raisons pour l’organisation nodale, en faisant apparaître les divers lieux de (choix de) nouages ou de ratages possibles du nœud ou de la chaîne, ainsi que les enjeux de l’intrication des chiralités.

La théorie du chaos ouvre encore sur les théories de l’oscillation, des résonances, et de la répétition, et l’hypothèse ergodique y implique(rait) la répétition du passage au voisinage du lieu des conditions initiales. Cette hypothèse sera à reconsidérer avec la théorie des fractales, en interrogeant également la récursivité qui paraît caractériser les développements du chaos et des fractales, à suivre également la lecture philosophique qu’en donne Paul-Antoine Miquel :

« […] un attracteur étrange a une forme qui n’est jamais dépliée, une structure qui n’est jamais achevée, puisqu’est inscrite en elle la dépendance vis-à-vis des chemins qui mènent pourtant jusqu’à elle. Cette forme, quoique possédant une structure, n’a pourtant jamais fini d’être engendrée. Elle ne saurait être donnée indépendamment de la façon dont elle est engendrée. Ce n’est donc pas trahir sa nature que de dire qu’en un certain sens elle n’est pas déjà faite. Elle se fait, et elle est même ce qui fait que tous les chemins d’évolution qui mènent jusqu’à elles se font. J’ai fait surgir, dans le champ même de la réflexion de la science, en plus de l’événement, un futur qui l’ordonne, mais la forme de ce futur n’est pas donnée à l’avance. Elle n’a pas un sens indépendant de l’événement au sein duquel elle s’inscrit.
Je suis en train de désigner ainsi l’émergence d’un ordre qui n’est cependant pas une fin, […]
Cette forme se nourrit en effet de l’événement, comme ce qui fait qu’elle garde sa structure ouverte, comme ce qui fait qu’elle devient moins agie qu’active. Elle s’organise. [ …] »

Paul-Antoine Miquel, Comment penser le désordre ?, p. 258.

Les définitions formelles des attracteurs dynamiques, en tant que satisfaisant à des systèmes d’équations différentielles, peuvent encore montrer une nouvelle voie pour aborder la récursivité de la signifiance. Mais il ne suffit assurément pas de s’en tenir aux seules approches mathématiques-formelles, voire scientifiques du chaos ou des catastrophes, quand notre tâche à rendre compte du champ dont la psychanalyse s’occupe, où sont aussi à interroger les rapports entre loi et anomie, désir et dés-ordre, tuchè et automaton, intrication et désintrication pulsionnelle — pour n’en citer que quelques uns — et où répétition, cyclicité et acte, sont en jeu(x).

D’où la nécessité pour nous de mieux articuler et produire aussi les jeux d’outils conceptuels requis, dans le cadre d’un organon en quelque sorte toujours à venir. Entre autres par la reprise des apories auxquelles la psychanalyse nous confronte. Par exemple les questions que la libido (lalibido ?) depuis toujours nous a posées quant aux traits d’entropie et de néguentropie qui semblent être présents dans son développement (voir les travaux de Siegfried Bernfeld à cet égard), et qui de nos jours s’avèrent pouvoir être réactualisées d’une façon beaucoup plus pertinente (enfin, peut-être, c’est à voir) par le biais du concept d’« anti-entropie » proposé par Bailly et Longo.

L’organon à élaborer doit en effet faire place —à côté de l’automaton participant, mais pas seulement, de la récursivité signifiante, et de la tuchè comme objet cause— à quelque chose de l’ordre de la « closure to efficient causation » (clôture à la causalité efficiente) dont parlait Robert Rosen pour distinguer un organisme d’un système matériel, c’est-à-dire à ce qui semble être la condition de possibilité de la « criticité étendue » propre à tout système complexe (c’est-à-dire émergent par insistance anti-entropique). Cela nous importe car ladite place (pourrait-on parler là d’une sorte de dynamique nycthémérale dans sa production ?) constitue à proprement parler le lieu même où le sujet qui nous intéresse trouve sa Heim et dont il dépend aussi bien quand il est Heimlos.

Il est vrai que l’« appareil psychique » freudien est à beaucoup d’égards à considérer comme un parasite, d’ailleurs parfois assez encombrant. Mais il participe néanmoins de l’ordre du vivant (ne serait-ce que par le brin de jouissance dont parlait Lacan), et doit donc être traité comme tel. D’où notre intérêt ou nécessité de l’épingler ou de chercher à l’arraisonner avec une conceptualisation conséquente.

Éléments de bibliographie :

  • généralités : Alain Boutot, L’invention des formes, Paul-Antoine Miquel, Comment penser le désordre ?
  • sur le chaos et la dynamique symbolique : à la suite des travaux de R.F. Williams et Joan Birman : Robert W. Ghrist, Philip J. Holmes, Michael C. Sullivan, Knots and links in three-dimensional flows, Robert Gilmore et Marc Lefranc, The topology of chaos.
  • Sur les catastrophes : cf. les textes de René Thom, Jean Petitot, Michèle Porte, Per Aage Brandt.
  • Sur l’anti-entropie: Francis Bailly et Giuseppe Longo, « Biological organization and Anti-entropy », in Journal Biological Systems, Vol. 17, No. 1, pp. 63-96, 2009

M. S.-P. & O.C., les 25 et 26 juin 2019

Dates, horaire, lieu
Les vendredis qui précèdent la lysimaque, à partir d’octobre, soit les 11 octobre, 15 novembre, 6 décembre 2019, et 10 janvier, 28 février, 13 mars, 24 avril et 12 juin 2020, au 7 bd de Denain, 75010 Paris, code 29A10, interphone, escalier B, 1er étage à gauche.

Entrée libre.